La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 3032
3031 | 3033

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Georges?] [Camuset?]
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    1884/03/00


Texte

[p. 63]
Mon cher vieux,
je ferai la Médecine légale, mais je ne peux absolument pas faire une « crasserie » à…. Tu as voulu…, il sera tiré et il faut le boire. Tu vois ce qu’il penserait de moi après cela ! Lui avoir fait dire textuellement que j’étais heureux de collaborer avec lui ! Moi, à sa place, si un artiste se permettait une pareille inconvenance, j’irais lui donner du pied au cul ! Tu serais coupable et moi aussi, tous les torts seraient de notre côté. Encore plus du mien que du tien !
Non……. Impossible !!!
Je veux bien te faire une eau-forte en plus ; si cela te va, pour te prouver que ce n’est pas la peur du travail qui m’empêche de faire un frontispice.
Mais un grand regret des « droit acquis ».
Allons, on se met à l’ouvrage !
Je ne montre pas ton livre, c’est tout a fait élémentaires, cela !
Et ne flâne pas pour le frontispice ?
Evely demande – comme Goupil – un mois pour donner une planche. C’est le même procédé. Si tu veux que je le retouche, il faut employer ce procédé, qui est le plus simple et dont moi je connais les ressources. Note que, sans retouches, cela ne fait jamais eau-forte.
Evely, 13, rue de la Madelaine.
Evely demande un mois parce que son procédé est galvanique. Il faut Trois semaines pour le dépôt de cuivre.
Voici la planche coupée. Je vais la reporter au planeur pour faires les enlevages indiqués.
Été hier chez Filleau, pour le Speculum. J’irai avec mon modèle chez lui, et il me posera la chose.
[p. 64]
Je ne connais pas V…, qui ne manque pas de verve. Mais comme talent vrai, cela n’est pas bien épais ; c’est commun en diable et il ne fait pas d’eau-forte. Ce ne sont pas les modèles de ce genre qui manquent pour la Médecine légale.
Les dessins du Barbey d’Aurevilly sont dans les mains de Lemerre. Rien n’a encore été décidé pour la gravure. C’est Rajon, je crois, qui va graver la chose.
Moi, je n’ai pas le temps ! Je bûche la Germinie qui ne vient pas ! Goncourt est trop merveilleusement peintre dans toute l’acception du mot. Son Jupillon vaut mieux que le mien : il fait mon métier, et mieux que moi !
Et rassure-toi le 1er mai, les Sonnets du docteur seront dans les mains bibliophileuses.
Je continue à protester contre le rétablissement de ton vers odieux au Kerkubrobuste ; puis, dans le « gratte et bénit d’un doigt son hôte inébranlable », il y avait une idée drôle. Mais, voilà, tu avais pour ce monstre l’amour des pères pour leurs fils mal venus ! Le jour où tu nous l’avais lu chez Filleau, d’Hervilly aussi protestait, gros entêté !!
À toi, ma vieille branche tremblante au moindre vent ! Attache-toi une ficelle.
Ton vieux
Fély.
Mais c’est bien entendu, s…b… (bulgre, bulgare et le reste !), que nous paraissons ensemble dans ton volume !! L’hypothèse de l’octobre n’esxistait que si, avec une légèreté que l’on ne trouve que chez les oculteurs, tu t’obstinais à paraître par les chaleurs avec les marchands de coco ! Alors moi, je paraissais en octobre, après toi. Entendu ! Tu fais photograver, soit à Bruxelles, soit à Paris, mais n’envoie pas de dessins sans me le dire ! ! J’ai à écrire et à donner des détails au photo. N’importe lequel.
Tout cela a toujours été convenu.
Quant aux planches, je ne les garderai pas pour les collections. Je les garderai et j’en ajouterai d’autres, les unes très légères
[p. 65]
pour une édition infâme, les autres, plus feuille devignées, pour une 2de édition chic. On a joliment parlé de toi hier chez G… Et devant l’expression de nos regrets de ne pas t’avoir là avec nous, avec ta belle gueule de bon Gaulois, les dames déploraient ton absence dans les coins. Ta jolie étude couchée pour le Massage ! Tu verras cela.
À toi
Ton vieil
Fély.