La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 3117
3116 | 3118

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Maurice [Bonvoisin]
  • Lieu de rédaction
    [Hastière-Lavaux]
  • Date
    ]1878/09/05] [+]
    Datation sur base de l'apostille.


Texte

[1r° : 1]
Mon cher Maurice,
Je suis à Hastière sur Meuse Hôtel de Bellevue, je viens de Middelkerke & d’Ostende, o[ù] j’ai fait beaucoup d’études. Je reste ici jusqu’à Mardi, de là je vais à Bruxelles, & s’il fait beau je retourne à Middelkerk. Voilà le programme. Je n’ai aucun contrat, avec ce que tu appelles « l’appartement des champs Élysées » ces dessins, je parle des Cent Croquis étaient faits en 1876, je n’ai fait que les retoucher & les parfaire, « les colorier » d’après mes nouveaux procédés. Ils ont été faits en 1875 & 76. À part deux ou trois nouveaux qui ont pris la place de ceux que je supprimais. ‒ Je ne les ai pas vendus directement à Mr Noilly parce que je ne connais pas Mr Noilly, je les ai vendus à Mme Lafève contre une livraison de meubles & d’objets anciens qui garnissent la nouvelle chambre à manger de l’hôtel de l’Avenue. Ce n’est ni une bonne ni une mauvaise affaire, mais je ne pense jamais en travaillant ou en vendant mes dessins à faire une affaire. Cependant en ces matières je n’aime pa à être dupe, mes dessins ont été peu payés par cet échange mais comme c’est Mr Noilly qui en profite je ne me plains pas, – & je tiens à orner & à
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compléter sa collection. Lorsque j’ai appris par Mme Lafève que c’était Mr Noilly qui était acquéreur des premiers Cent Croquis – j’y ai mis tous mes soins & je lui ai fait des dessins bien supérieurs aux premiers dessins finis qui servaient d’étalon Je dis finis car si les Cent Croquis étaient faits c’est à dire mis en cadre & toutes « les études » finies, les dessins n’étaient pas terminés & se trouvaient tous à l’état d’ébauches.
‒ Je les avais fait voir à Fontaine de passage à Paris & à quelques peintres parisiens qui m’ont engagé à les finir. Je ne te les ai pas montré parce que j’avais déja pris ma résolution, résolution dont je ne me départs pas, de ne plus montrer aucun dessin ni peinture inachevés. Puis ces dessins étaient mi-légers & lorsque nous avons fait notre contrat j’étais en pourparlers avec Mme Lafève qui avait un mobilier de salle à manger, (y compris cette merveilleuse cheminée que j’ai fait transporter à l’Avenue) qui me plaisait tout particulièrement
Depuis cette année je commence l’Album du Diable qui sera le second Centain des Cent Croquis mais qui je l’espère lui sera supérieur. Je veux faire toute l’histoire merveilleuse de notre temps en nu & demi nu. J’ai des modèles merveilleux ! Trois ou quatre femmes de type différents, de corps introuvables, que le bon dieu, très « bon Dieu » a mis à ma disposition & je serais un cuistre si je n’en faisais pas quelque belle chose ; mais c’est déja à moitié fait ! Tu ne peux t’imaginer cet Album du Diable de quelle allure spirituelle & vivante il marche, Je le dis moi-même sans modestie aucune. Le frontispice représente « le Diable » ce personnage singulier & éternel ce symbole de la perversion humaine en train d’admirer son album en s’amusant beaucoup. ‒ Dieu dans un
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nuage « essaye de voir ainsi que st Pierre pour prendre aussi un peu de joie. ‒ Je ne sais pas encore si je traiterai avec Noilly ou avec un autre collectionneur de Paris qui désire une collection dans le genre des Cent Croquis.
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Sichel entr’autres, l’ami de Gouzien ‒ ou Cadart ou Goupil ou un autre ‒ ne le fassent grand tort en mettant en circulation à Paris ces dessins vendus à des prix ridiculement minimes [illisible: effacé]