La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 3118
3117 | 3119

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Maurice [Bonvoisin]
  • Lieu de rédaction
    Paris, 17 Rue Mosnier
  • Date
    [1878/11/11] [+]
    Datation sur base de l'apostille.


Texte

[1r° : 1]
Mon cher Maurice,
Fais-moi le plaisir de me renvoyer ma collection d’Eaux fortes dont tu dois avoir fini. J’en ai besoin. Je peux te prêter pour la nomenclature Hippert lorsque je retournerai à Bruxelles en janvier plusieurs pièces rares que tu ne connais pas & que tu n’as pas. ‒ Si ton beau-frère est encore aux Waggons-lits je peux lui remettre pour cette nomenclature à ton adresse le Sonnet pour Éventail gravé sur cuivre que tu n’as pas non plus & qui a été gravé en 1876. – J’aurai aussi une épreuve des planches de chacune des planches, gravées pour l’Angleterre & qui seront mises en vente l’an prochain. Quand tu iras à Bruxelles va voir chez René Rorcourt, une dame aux Satyres que je lui ai vendue & qui est une étude très poussée d’après la maîtresse d’un ami, qui comme le roi Candaule a bien voulu me la montrer assez longuement. Dans deux mois le 15 janvier je vais habiter au Parc Monceaux, rue Daubigny, un charmant petit atelier avec appartement que je reprends au peintre hongrois Pazcka. Jusque là je ne bouge pas de la rue Mosnier. Je travaille beaucoup
[1v° : 2]
J’ai payé ton premier billlet, naturellement & les autres seront payés de même. Je n’ai pas répondu à tes lettres parce que c’était trop long d’y répondre. Le fond de la question est un malentendu. Lorsque je t’ai demandé le service en question, je pouvais comme je te l’ai dit faire la chose soit avec Sichel, soit avec Cadart qui me l’offraient, soit même avec le bon Thibaudeau qui me l’avait proposé, soit avec un autre marchand. Si je te demandais de me rendre ce service, c’était pour éviter comme je te l’ai dit que lon ne mît mes dessins en vente immédiatement. Je croyais faire cette affaire comme je l’avais dit avec Gouzien en ami & non pas en éditeur, ‒ sans cela pourquoi t’aurais-je demandé de la faire ? ‒ Je n’y avais nul avantage. Je croyais que tu aurais comme Gouzien, vendu ces dessins, tout doucement, sans tomber immédiatement chez tous les amateurs que tu me connaissais, ‒ sans me le dire & même en leur disant de ne rien m’en dire comme à Noilly. ‒ Cette besogne Mon Cher Maurice, Cadart, Sichel ou Thibaudeau l’auraient faite & c’est ce que je voulais éviter.
Voilà le fond de la question & o[ù] il y a eu malentendu. ‒
Et la preuve, c’est que quand j’ai voulu faire cette affaire – par éditeur ‒ aux conditions ordinaires je l’ai faite & pour une somme bien plus importante. Cela n’ôte rien au mérité du service rendu, mais cela lui ôtait son efficacité & son coté tout amical.
Voilà tout & le vrai coté de la question, je te le répète : c’est un malentendu, ‒ mutuel. Rien de nouveau, les derniers jours de l’Exposition ont été très curieux, ‒ & très mouvementés. Paris est toujours très animé.
Si tu connais un amateur pour un beau Courbet (une petite tête de femme) Mme Malassis 8. Rue Ménissier montmartre) le laisserait pour 400 frs. c’est pour rien. Je ne sais pas si elle en connaît la valeur réelle mais
[1v° : 3]
je trouve que c’est une des plus jolies petites choses de Courbet. C’est une tête de jolie femme rousse un peu grasse & d’une finesse de ton merveilleuse. Si tu connais un amateur, désigne lui le Courbet. C’est un beau Courbet. S’il ne se vend pas d’ici à deux ou trois mois je l’achèterai « pour moi-même ».
Je te proposerai ‒ si tu gardes ta collection Rops ‒ un rachat d’une foule de choses que tu n’as pas, & qui sont à Bruxelles o[ù] j’ai loué un atelier. Je tiens à avoir un domicile à Bruxelles & à Paris. Collectionnes-tu les lithographies ? J’aurai aussi des dessins à te montrer.
À toi & à bientôt,
Félicien