La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 2651
2650 | 2652

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Léon [Dommartin]
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    0000/00/00 [+]
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Texte

[1r° : 1]
Mon Cher Léon,
Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas répondu à ma lettre adressée au Pavillon de l’Ouest & que tu as du recevoir avant ton départ pour Furnes. Je te demandais de me dire si tu savais le jour du départ d’Edmond Carlier pour Anseremme. Je compte si ma femme ne désire pas encore me voir à Thozée y passer le mois de septembre.
Je serai dans huit jours à Bruxelles & à ce propos j’ai un conseil à te demander car tu es homme de bon conseil, quoique comme tous les hommes, tu appliques le moins possible ta sagesse à toi-même. Voici donc ce que je te demandes : Faut-il descendre chez moi à Bruxelles ? – Je n’y resterai que deux jours d’ailleurs & je partirai de suite pour Anseremme si ma femme ne me reçois pas. – Parle lui donc à ce propos le plus tôt possible. Je ne sais que faire. Veut-elle rester à Thozée sans moi ? Il faudra alors m’envoyer Paul à Anseremme. Que décide-t-elle enfin à l’égard de cette position difficile bien prolongée ? Va chez elle je te prie le plus tôt possible.
As-tu l’intention de prendre quelques jours de vacances à Anseremme pendant que j’y serai. Cela me serait bien agréable & bien bon car j’ai bien besoin de te parler de tout cela et d’être un peu remonté moralement.
Quant au « physiquement » c’est à peu près toujours la même chose je vais mieux cependant
[1v° : 2]
puisque je peux comme tu le vois écrire & un peu dessiner – Je vais faire le dessin de ma femme pour Joris. Tu me fais des reproches de ne pas l’avoir fait, ni de pas avoir travaillé aux Aquafortistes. Mais Mon Vieux Léon si j’avais pu tenir un crayon, un pinceau ou une pointe depuis trois mois, je ne me serais pas plaint crois le bien. – Tu ne peux t’imaginer ce que j’ai passé ici. – Je suis resté depuis le quinze pour arranger mes affaires, mettre un peu d’ordre aussi dans celles de Louis Artan, qui étaient en fort mauvais état, et achever un coffret graver sur ivoire commandé par Mme Blanc la mère et que j’avais commencé avant ma goutte. Je n’en ai pas touché le prix & je ne sais quand je le toucherai ; Ces gens là s’imaginent toujours que les autres ont de l’argent, & il paraît qu’elle paie difficilement Mme Blanc. – Comment vont ma femme et Paul. J’ai bien besoin de les voir & ce serait une grande joie pour moi. – Il y a trois mois que je n’ai embrassé Paul, qui ne m’écrit pas d’ailleurs & que Charlotte laisse agir à mon égard absolument comme si j’étais mort. Je ne comprends pas que ma femme n’engage pas Paul à m’écrire une fois par semaine, c’est agir de façon à enlever du cœur de mon fils toute affection & tout respect pour moi. Paul m’a écrit une fois depuis mon départ. J’ai été malade comme tu sais, aussi démoralisé et désespéré que je l’ai été : rien !! Absolument rien, ni depuis. Il y a évidemment là une preuve des plus manifestes de l’isolement qu’on veut faire autour de moi.
Écris moi vite, dis à ma femme que j’ai écrit à Mr Scheyven le notaire et qu’il est inutile d’adresser des télégrammes chez Gouzien lorsqu’elle a mon adresse. – Ajoute que Mr Scheyven ne m’a écrit qu’une fois le 27 juillet et que la lettre était adressée 60 Rue du Bac ce qui fait qu’elle m’est parvenue le 30. – Les facteurs parisiens ne se gènent pas & le facteur qui fait la rue du Bac n’est pas le même que celui qui fait le passage Ste Marie qui est desservie par le facteur de la rue Grenelle
[1v° : 3]
St Germain.
Je te remercie encore bien Cher Vieux de ce que tu as pu obtenir de ma femme. Nous parlerons longuement de tout cela.
À bientôt j’espère, je t’embrasse de tout cœur et bien à toi.
Fély
Lambrichs m’avait dit dans une de ses lettres que ma femme était bien disposée pour moi maintenant. – Gouzien me dit tout le contraire. – Et toi ? – Que croire & que faire ? –