La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 2657
2656 | 2658

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Léon [Dommartin]
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    0000/00/00 [+]
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Texte

[1r° : 1]
Mon Cher Léon Voici cette lettre tout à fait nécessaire. Tu dois dire à ma femme ton sentiment à mon endroit & à celui de Paul après les derniers évènements que je t’ai dit à Heyst.
Chère Madame
Félicien a toujours son domicile 13 Rue Labie. Il travaillait 76 Rue Richelieu, – il n’y travaille plus depuis le mois de juillet. Il a loué un petit atelier 17 Rue Drouot. Comme ce local est plus que restreint, il a gardé son logement de la rue Labie, o[ù] il couche après sa journée faite. Je crois qu’il a passé quelques semaines à Montigny sur Loing. Il est rentré à Paris pour le moment. Il devait venir en Belgique pour voir son fils vers le 15 Novembre. mais il m’a écrit qu’il ne pouvait toucher l’argent qu’on lui devait, que vers le milieu de Décembre de sorte qu’il est probable que son voyage en sera retardé. Il a passé rapidement en Belgique pour une question de subside. Je l’ai vu à Heyst o[ù] il avait des affaires à terminer avec la famille Godebski qui y était. Il a été
[1v° : 2-3]
très malade, & a failli perdre la vue & à ce propos il se plaignait du peu de sensibilité & de l’indifférence de son fils, à qui il avait écrit les en lui disant ce qu’il avait souffert & qui ne lui avait répondu que quelques banalités. – Il ne se plaignait pas qu’à moi d’ailleurs, car il vous savez qu’il a pour principe de paraître toujours très gai & très heureux ce qui est sa force, même lorsqu’il n’est ni l’un ni l’autre, Ce que je trouve estimable. Il l’est d’ailleurs & plus honnête que bien des gens qui le vilipendent en disent du mal. Il a passé très courageusement par bien des heures difficiles & pénibles & il a supporté tout cela sans se plaindre aux indifférents, ayant horreur de la pitié d’inspirer de la pitié. Il commence à être très estimé à Paris & il arrive tard, mais il arrive, et est quelqu’un. Je vous engage à ne pas trop écouter les racontars que l’on peut faire à son endroit. Il a de nombreux ennemis & qui lui ont d’autant moins pardonné qu’il n’a point été humble, ni plat, ni servile, dans l’adversité. Les travaux presqu’industriels aux quels il a dû se livrer pour vivre l’ont retardé au point de vue de la réussite artistique, mais son temps est venu je crois, ou pour lui & il aura sous peu la réputation qu’il mérite, – et son fils, loin de rougir de son père n’aura qu’à en être très fier je vous l’assure. Voilà mon sentiment & je suis heureux d’avoir l’occasion de vous l’exprimer
J’espère Madame Chère Madame que vous êtes en bonne santé, j’ai appris par Félicien lui même, que vous alliez vous étiez fixée tout à fait à Thozée &c &c.