La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 2669
2668 | 2670

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Léon] [Dommartin]
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    0000/00/00 [+]
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Texte

[1r° : 1]
Mon Cher Vieux
Je ne t’engageais à venir à Nieuport que dans l’hypothèse admise d’un séjour d’une semaine avec ta fille à Anseremme. Il faut trois heures pour aller à Anseremme, il en faut quatre pour venir à Nieuport & la vie n’y coûte rien. Puis il y a la mer. Ma fille est ici et transformée par la susdite mer. Rien ne peut donner une idée de la lumière & de la beauté de ces plages blondes par ce temps-ci. Je croyais que tu avais décidé cette vacance dont nous avions parlé & je t’espérais.
Lettre de Liesse : il y parle beaucoup de toi. Dom lui a dit que c’était déplorable de voir un homme qui sait écrire s’embourber dans un pays anti littéraire & s’y perdre. Il est enchanté de Paris & de la réception qu’on lui a faite. Son livre le porte. – Nom de Dieu ! quand je vois ces choses là, que je pense que tu fais « la Chronique » une chose bête qui ne te rapporte ni réputation, ni même d’argent, ni rien de quoique ce soit, je suis tenté de t’engueuler à blanc. Que dirais-tu si j’allais illustrer le Figaro Belge ? Car la Chronique est devenue bête à faire manger le foin de ses banquettes par la bonne Joséphine. Et pas même la Considération bourgeoise comme la Gazette ! À part les articles pesants de Vrebos & tes excursionneries, c’est « égoutant ».
Et dire que tu ne te retireras jamais je ne sais par quelles faiblesses veules de cet engrénage de machine à vider les lieux, & que dans cinq ans tu en seras à « remplacer Hallaux », vieux, embêté fini. – Voilà Cher absolument ce que je pense de la lettre de ce petit sot de Liesse – car ce n’est qu’un bon petit sot au fond, – m’a remis tout
[1v° : 2]
cela en remuement & je rage pour toi, puisque tu ne veux pas rager toi même
Ton Vieux
Fély
Mr & Mme Allard les parents-beaux de Daudet se rappellent d’un voyage à Châlons en ta compagnie. –
Moi aussi je travaille ! & huit heures par jour ! Mais Nom de Dieu les gens de notre trempe doivent gagner leur vie partout o[ù] il leur plaît de la gagner. Je vois que la Chronique o[ù] tu es libre prétends-tu est la plus lourde, la plus étroite & la plus niaise des chaînes. – Laisse donc cela aux Leclercqs bœufs-nés, littérateurs de labour, – ce que tu deviendras par ton ronronnement. Mais tu dépenses plus de temps que pour faire ta besogne dans un journal parisien !! – quoique tu en dises !! Et un journal parisien vous laisse des loisirs quoique tu en dises aussi ! Je prétends que tu pourrais à Paris faire une correspondance pour la Chronique, une pour un autre journal Belge (& je t’assure aussi que l’Indépendance la prendrait,) & tu serais à Paris, libre & tu ferais des livres. Il n’est pas trop tard. Mais tu vas être pris par cette grosse douceur de la vie Belge, je la connais ! elle est mortelle & il m’a fallu des cataclysmes dans ma vie pour m’en tirer !
[1v° : 3]
Auré & Claire t’embrassent Nous sommes seuls à l’hôtel Auré fait la cuisine c’est délicieux Voyons Viens quatre jours la mer est tiède et t’appelle. Le gros Godin même (« le Mécène de l’Art & de l’Industrie » d’Hallaux style de la Chronique,) ne se voit pas.