La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 2906
2905 | 2907

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Léon?] [Dommartin?]
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    0000/00/00 [+]
    Cette lettre n'a pas encore fait l'objet de recherches permettant de proposer une datation.


Texte

[1r° : 1]
Mon Vieux
Je t’envoie ce petit bout de lettre pour te dire que je t’expédie une bonne épreuve de la Chandelle d’Arras, une pour Edmond & une pour le vieux Fontaine. J’ai fait tirer de cette planche quelques épreuves rares pour de vieux camarades. Prends celle qui est marquée L.D. au crayon au bas. Tu as été ou tu es encore sur la Meuse pour tes fêtes de Pâques. Nous, nous avons été faire notre pèlerinage annuel à la Coulaye du Long Rocher – rien de l’académie, – cette boulaye là n’a jamais fait des académiciens mais des poètes étranges de notre sorte. – Été loger à Montigny. – On abandonne beaucoup Marlotte pour Montigny. Marlotte devient comme Barbizon très gandine. – Montigny reste bien aimable : 5 frs par jour six litres de vin à chaque repas & les bons vieux lits à ressorts d’accordéon que tu sais. Marie Bonvalot nous accompagnait, comme cette bonne fille avait travaillé dur depuis un mois Léontine lui avait offert cette petite promenade & elle était d’une joie d’enfant. Elle n’avait jamais vu
[1v° : 2-3]
Fontainebleau ! – Elle a été tout ce que j’ai toujours cru qu’elle était : simple bonne, pleine de tact & gaie « sans licence » eut dit Monsieur de Jouy.
Je t’écris aussi pour te dire de te tenir prêt en Mai. Nous comptons recommencer bientôt cette petite festivité en allant « reconnaître » autour de la forêt, les villages o[ù] les bourgeois n’ont pas encore reposé leur tête de veau. Cela devient nécessaire. Cela durerait deux ou trois jours. – Si tu viens, & si tu es encore dans les mêmes idées, j’inviterai Marie Bonvalot, tu pourras « juger » parce que je te crois un bon œil. – Voilà. – Cela se passera en Mai. Seulement comme avec l’organisation de la maison il est impossible de savoir quel jour cela se passera, on ne pourra te prévenir que deux jours à l’avance On te préviendra le Jeudi ou le Vendredi matin pour le Dimanche. Tu partirais le Samedi. Seulement comme moi, j’aurai fait mon invitation, ne viens pas arguer d’engagements pris à l’avance. Donc ne t’engage pas pendant le mois de Mai & mets quelques ors dans un bas de côté.
– As-tu porté ma petite planche chez Christmacaire ? & Demandé à « Gay & Doux c’est » l’eau-forte du Diable Dupé, & le volume itou ?
Il y a des endroits de la forêt – qu’il nous faut absolument voir afin de trouver de nouveaux coins pour y camper dans cet envahissement de bourgeois : les Sablons, Uri, Achères, Arbonne surtout, & un endroit délicieux dont j’ai été le Christophe Colomb : Les Recloses, un coin de Calabre ! mais o[ù] les naturels ne veulent pas encore se décider a tuer le veau gras, qu’ils considère comme un animal d’agrément moral, & continuent à se nourrir avec les œufs des oiseaux du ciel & quelques simples. Faudra changer cela.
Dis à Carlier Edmond que généralement, excepté dans l’extrême nord, il est d’usage de répondre aux lettres que l’on vous écrit, – même venant de l’Étranger ! Voilà trois mois que je lui adressé « une missive » a laquelle il ne répond pas plus que si elle avait été écrite par les grenouilles de la mare aux fées.
Quel beau printemps ! il fait un soleil de Juin & les vieux s’habillent en Nankin, Tonnerre d’Avril
Préparez baril
Et il a tonné hier ! J’espère qu’à l’automne, à ton retour à Paris nous irons nous asseoir à Argenteuil sous une treille de ma connaissance & « fester la neufve purée septembrale en nous remémourant les chouses ».
À toi Vieux Amitiés d’ici & à bientôt.
Fély
N.B Je n’ai pas retrouvé l’épreuve pour Fontaine, je « rouvre » ma lettre pour te dire cela. Donc je ne t’envoie que deux épreuves