La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 1731
1730 | 1732

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Armand] Rassenfosse
  • Lieu de rédaction
    Corbeil-Essonnes, Demi-Lune
  • Date
    1890/09/07


Texte

[1r° : 1]
Maintenant, Mon Cher Ami, nous allons parler de vos photogravures, & des nombreux essais que vous m'avez fait le plaisir de m'envoyer. Je trouve comme vous que le procédé de photogravure de Morreels, comme 1er État, est réellement remarquable, & peut rendre des services. Il y a dans vos croquis, au point de vue « croquis » des choses très réussies : votre femme au bain, – Le Trimleu & sa crapaude, etc &c. L'ex-libris de Lavachery, en 1er État était moins heureux, mais le 2e donne un très présentable résultat. Je vous prie de me continuer l'envoi de vos essais. Maintenant que vous allez avoir tout votre temps à vous, nous allons pouvoir pousser les choses à bien. Êtes vous toujours content de votre vernis N°6 ? – À propos, j'ai fait toutes les recherches possibles, j'ai fait subir à mon portier de sérieux interrogatoires, il prétend n'avoir rien reçu qui ressemblât à une bouteille de vernis. Avez vous envoyé cela par colis postal ? Vous mettrez le comble à votre amabilité Mon Cher ami, 1° En faisant une réclamation au chemin de fer, & j'en ferai une de mon côté. Vous avez dû expédier ce vernis fin juillet ou commencement d'Août, à ce que je crois. 2° En me renouvelant l'envoi de ce petit vernis. On travaille dans mon atelier, tout y est sens dessus dessous & il me serait bien difficile d'en faire ! Vous m'avez dit la formule & la manière de le faire, c'est bien celle-ci
[1v° : 2]
n'est ce pas ? :
Asphalte 30 gr.
Cire blanche 8 gr.
Mastic en larmes 5 gr.
Benzine cristallisable 100 gr.
Thérebentine 150 gr.
ajouter la Benzine après que le vernis soit fait avec la cire, l'asphalte, le mastic, & la therebentine - ajouter alors la benzine & laisser bien mélanger pendant une heure.
Le premier mélange doit-il être fait au bain marie ? Et le 2e mélange explications s.v.p ?
Je vais faire des pointes sèches ébarbées sur une première morsure, pour voir o[ù] j'en suis comme pointe. J'ai fait d[an]s le temps un petit frontispice : La fleur lascive (le même a été refait en grand à la plume sur vernis blanc) sur une morsure très légère à l'acide chromique, – j'avais choisi l'acide chromique parce que les traits les plus légers faits à l'acide chromique sont noirs ; – je gravais à la pointe sèche, en m'en servait comme d'un burin, et j'ébarbais. Le résultat donne, pour les petits sujets une grande netteté, & ne manque pas de charme. Cela repose du vernis-mou & des procédés crayon, ceux ci n'en restent pas moins les vrais procédés du peintre graveur.
– Présentez quand vous en aurez l'occasion mes bons Compliments à Mr. & Mme Henrard, avec mes excuses grandes. Dites leur que je vais enfin remplir mes promesses, – retardées pour cause de malaise moral & d'évènements inattendus
[1v° : 3]
& imprévus aussi. – Nys que j'ai vu hier m'a dit que vous l'aviez chargé de vous acheter une presse. Je vous engage à ne pas l'acheter trop étroite de table. Une presse est toujours trop petite. Puis il faudra que nous inaugurerions ensemble les grands vernis mous – genre « lithographie ». Il y a là une toute nouvelle voie o[ù] nous pourrons créer des machines inédites, & obtenir des résultats sans précédents. – Avec de l'audace, nous arriverons j'en suis certain à tuer la photogravure. À bientôt Mon Cher Rasenfosse, bon courage maintenant ! Puisque vous faites bâtir un atelier, n'oubliez pas d'y faire le plus de fenêtres possibles, au Midi surtout ! C'est le soleil, la gaieté & la vie qui entrent par là ! Le nord c'est Bouguereaucratique ! et trop Slingeneyereux !!
Bonnes Amitiés à tous nos amis.
Est ce que Mockel habite Bruxelles, que je vois les bureaux transférés rue de Avenue Louise 307 à Bruxelles ?
À vous une bonne poignée de main
F. Rops
toujours adressez vos lettres : 1 place Boieldieu. Je les trouve toujours,
[1r° : 4]
Elles m'arrivent quelquefois très en retard, mais je ne fais pas suivre mes lettres. Avec ma nature de vagabond, si je faisais suivre mes lettres, elles ne me parviendrait jamais. – Je me fais tous les quinze jours adresser mes télégrammes, et encore quand je sais o[ù] je vais aller !
Monsieur
Armand Rasenfosse
rue St Gilles N°296.
à Liége
Province de Liége
Belgique