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N° d'édition 2915
2914 | 2916

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Camille] Lemonnier
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    1873/03/17


Texte

[1r° : 1]
Mon Cher Lemonnier
Tu me ferais grand plaisir si tu pouvais me dire quel est le n° de la Revue de Belgique dans lequel a paru cette jolie chose de toi qui est intitulée : « La Sonnette »[1]. Mlle Marie Tinant[2] me l’a prêtée il y a quelques jours ; – c’est réellement très délicat & très fin, – charmant.
Dès que je serai sorti de mes ennuis de la Société des Aqua-fortistes (qui est maintenant sur ses pattes)[3], je t’enverrai ta planche de prime[4]. Il n’y a que très peu de chose à y faire, mais encore faut-il faire ce peu de chose & depuis deux mois je n’ai pas un quart d’heure à moi. Un de mes élèves[5] qui fait déja très bien & qui habite Paris, Jules Condorcey[6] t’enverra aussi une planche de prime.
À Bientôt je te serre bien la main
Félÿ Rops’
Mardi 17 mars 1874.

Annotations

[1] Mensuel succédant à la Revue trimestrielle, la Revue de Belgique (1869-1914) couvrait des domaines très variés de la vie scientifique, culturelle et plus tard politique, et réunissait essentiellement des collaborateurs belges. Camille Lemonnier donna cinquante-sept contributions, sous forme d’œuvres littéraires, de textes critiques et d’essais. « La Sonnette » parut le 14 juin 1872 (cette pièce de théâtre fut reprise dans un volume illustré par Rops, Derrière le rideau, en 1875 (Paris, Casimir Pont)). Lorsque le directeur de la Revue de Belgique, Charles Potvin, passa les rènes à un comité, la revue prit des couleurs politiques. Ces couleurs, « fortement teintées d’un libéralisme modérément progressiste », lui assurèrent un lectorat beaucoup plus conséquent et une place durable au premier plan des publications libérales.
[2] Tout ce que l’on peut dire sur Mlle Tinant, c’est qu’à en croire des notes de Rops (Extrait du catalogue Malassis : explications générales et abréviations, inv. ML/00631/0032), tout deux ont foulé les planches du Théâtre d’amateur de Mme Fix, les « Fixions », lui dans le rôle de « Tancrède », elle, « fort belle fille », dans celui d’« Élisa, femme de chambre » ; la pièce s’appelait Les Erreurs de Jean, une comédie d’Eugène Verconsin. Le programme, qui comportait un en-tête de Rops, fut publié par Ramiro dès son premier Catalogue de. À Léon Dommartin, Rops demanda des nouvelles « des Tinant, des Fix – des autres femelles » (USA89) et il évoqua « Tinant & ses demoiselles » (n° d’édition : 2654). Un autre jour, il lui demanda de retourner « chez Tinant », et de transmettre un message à Marie, qui devait le retrouver à son atelier (ibidem). Rops et cette « fort belle fille » ont-ils été amants ? Nous laissons le lecteur spéculer. Mais nous avons peu de doute que cette demoiselle fût liée au Tinant dont Rops parle dans une autre lettre à Lemonnier (n° d’édition : 2916). Du reste, puisqu’il en parle à des correspondants belges (Lemonnier, Dommartin mais aussi Louis Dubois), nous supposons que les Tinant devaient être compatriotes.
[3] On trouve au poste de directrice la Comtesse de Flandre, aquafortiste amateure, qui accorda sa protection et son soutien financier à la Société. En février 1874, un nouveau comité fut élu, les statuts furent remaniés, et elle accueillit de nouveaux membres.
[4] Il pourrait s’agir de cette mystérieuse Cousine Noëlette qu’il lui promet dans une autre lettre à Camille Lemonnier (n° d’édition : 2912).
[5] Rops donna de nombreux cours de gravure à l’eau-forte entre 1871 et 1874, et forma toute une génération d’aquafortistes. Nombre de ses amis furent de la partie : François Taelemans, Théodore Hannon, Maurice Bonvoisin, Alfred Verwée,… Avec la Société des aquafortistes de Bruxelles, ces cours participent du renouveau de l’eau-forte, et présentent l’avantage d’avoir lieu en France, à Thozée. Catherine Méneux, dans son ouvrage La magie de l’encre, Félicien Rops et la Société internationale des aquafortistes (1869-1877), fait cependant remonter à plus loin cette vocation, puisque Rops avait déjà formé dans les années 1867-1868 toute une équipe d’illustrateurs pour La Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster.
[6] Nous n’avons trouvé aucune trace de cet artiste. L’Art universel ne semble jamais avoir publié de ses œuvres.