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N° d'édition 0151

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [René] Pincebourde
  • Lieu de rédaction
    Corbeil-Essonnes, Demi-Lune
  • Date
    1893/09/29


Texte

[1r° : 1]

Mon Cher Monsieur Pincebourde,

Je vous avais dit que Demolder avait de moi une lettre dans laquelle je lui exprimais les très différentes impressions que me faisaient ressentir les bords de l’atlantique & les plages blondes de la mer du Nord. Et je vous avais engagé à lui en écrire. Mais voici qu’en ouvrant l’Art Moderne je trouve dans un n° du Dimanche 20 Aout cette lettre insérée dans le susdit journal nul doute que Demolder vous permettra de l’intercaler dans la petite plaquette. Je vais vous faire la petite vignette tout de suite, à

[fig. 1 DULCEDO OCCULTA]

une condition, c’est que vous me renverrez le croquis, qui doit me servir pour graver cette vignette. Il est bien entendu d’ailleurs que cette vignette

[1v° : 2]

reste ma propriété, ce que vous aurez la bonté de me déclarer dans une lettre, ce n’est pas pour vous que je prends ces précautions, mais nous sommes tous mortels comme dit la Sagesse des nations et j’ai été tellement victime de ces translations de vignettes et de planches, que j’en suis fatigué ! Il se peut d’ailleurs que je meure avant vous, puisque nous avons à peu près le même âge, mais alors j’ai des héritiers auxquels j’ai laissé « des marches à suivre ». Un croquis, c’est peu de chose, mais cela peu vous ennuyer beaucoup ! Ce misérable qui sévit la bàs, en Belgique, & qui s’appelle Tristemacaire ou quelque chose de ce genre, n’a-t-il pas eu l’infamie de se servir d’une planche, que j’avais donnée à Cladel pour un volume de « morceaux de littérature » sans demander mon assentiment, & cela après avoir fait ajouter à ma planche une légende infecte ! Ce sont des désagrements qui ne me seraient pas arrivés, si j’avais eu simplement la précaution de faire déclarer au Tristemacaire en question, que la planche « du pendu » ne lui appartenait pas. J’ai dû la racheter à gros frais, pour la sortir des mains crochues de ce misérable.

Voilà tout ce que j’avais à vous dire. Cher Monsieur, la pluie fouette les vitres de l’atelier, je crois bien que je vais rentrer bientôt dans mon vieux Paris.

Je vous serre affectueusement la main.

F.R

[1v° : 3]

P.S. Je vous envoie le n° de l’Art Moderne, en question.

J’aurai à vous parler aussi pour une autre petite brochure à faire, prochainement.

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