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N° d'édition 2076
2075 | 2077

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Octave Mirbeau
  • Lieu de rédaction
    [Corbeil-Essonnes], [Demi-Lune]
  • Date
    [1886/07/20] [+]
    La datation de cette missive a été estimée par Hélène Védrine (voir : Hélène Védrine, “Correspondance inédite. Félicien Rops - Octave Mirbeau - Alice Regnault (1885-1887)” in : Cahiers Octave Mirbeau, n°5, 1998, lettre n° 14, p.194).


Texte

Mon cher Mirbeau,
Je reviens d'une forte tournée en votre beau pays normand, à pied, le long de la mer. j'avais besoin de cela pour me laver l'œil du Salon, il me semblait qu'il m'était resté du vernis dans les prunelles. – Et tout cela est si beau qu'on n'a qu'une envie : ne plus lire Mr Wolf[2] et se plonger là-bas dans une fissure de falaise et n'en sortir que pour regarder et encore regarder.
Je crois bien que j'irai à votre rencontre[3] ! Jusqu'où je pourrai. Je regrette bien de ne pouvoir vous donner l'hospitalité en ma porte de la Roche-Claire, qui est habitée pour l'instant par des gens qui m'ennuient, ce sera pour une autre meilleure partie. Je vous croyais auprès de quelque Pé Duguet[4], voilà pourquoi je ne vous écrivais pas. Puis « la honte » de n'avoir pas été correct vis-à-vis de Mme Régnault me tarabustait.
À vous, et à tantôt, il fera beau, en vieux paysan, je prédis le temps qu’il fera.
Fély Rops.

Annotations

[1] Aujourd’hui non localisée, cette missive fait partie d’une correspondance de Rops à Octave Mirbeau, et sa compagne Alice Regnault, reliée en tête d’un volume du Catalogue descriptif et analytique de l’œuvre gravé de Félicien Rops par Erastène Ramiro (Paris, 1887) ayant appartenu au Général Willews. La transcription présentée ici se base sur une copie manuscrite de l’original effectuée en 1932 par M. Camille Gaspar, alors conservateur de la Bibliothèque Royale de Belgique.
[2] Il s'agit du célèbre critique d'art au Figaro, Albert Wolff (1835-1891), défenseur des vertus académiques et adversaire farouche des impressionnistes, dont l'influence considérable tend néanmoins à s'estomper après 1880.
[3] Dans une lettre d’Octave Mirbeau à Rops, le romancier lui fait part de son intention de se rendre à Corbeil, le jeudi 22 juillet 1886, en compganie d’Alice Regnault et Auguste Rodin. Il demande à Rops de se rendre au débarcadère du bateau qui les y conduira.
Lettre d’Octave Mirbeau à Félicien Rops, s .l., 18 [juillet 1886]. Voir : Pierre Michel (dir.), Cahiers Octave Mirbeau, Angers, Société Octave Mirbeau, N°5,1998, p.193.
[4] Le père Dugué était le voisin et l'employé de Mirbeau au Rouvray. L'écrivain a donné son nom au personnage du conte La Mort du père Dugué (La France, 13 octobre 1885, repris dans une version plus longue dans les Lettres de ma chaumière).