La province de Namur, au coeur de votre quotidien

N° d'édition 1445
1444 | 1446

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Henri] Liesse
  • Lieu de rédaction
    s.l.
  • Date
    [1875]/00/00 [+]
    Rops écrit cette lettre à l'époque où il "dirige la partie artistique de la maison Lemerre" et où il doit quitter le Passage Ste- Marie, soit c. 1875 selon Camille Lemonnier (voir : "Félicien Rops, l’homme et l’artiste", H. Floury, 1908).


Texte

[1r° : 1]
Au triple galop !!!!!!
En steeple !
Mon Cher Liesse.
Si le dîner de Dubois a lieu aujourdhui Mardi je te prie de te lever au dessert & de prononcer les paroles suivantes.
Mes Chers Amis
« Un ami parti a chargé un ami partant de vous dire qu’il est ici en pensée au milieu de vous, à la table de son viel ami Louis Dubois. – Félicien Rops prie espère que ses chers compagnons de jeunesse ne l’oublient pas plus qu’ils ne les oublie ; il les prie en son bon souvenir de vider leurs verres rubis sur l’ongle en buvant à la santé de Mme Louis Dubois comme à la muse de l’Amitié . »
Voilà, cela me fera plaisir. – Écris moi de suite de Venise – tu y recevras tout ce qui a rapport à notre petit compte & les reçus sur timbre.
Petits vers jolis surtout cigarette seulement je renverserais la dernière strophe :
Ces reflets des bonheurs usés
Font des sourires dans la vie
Je la conserve & je l’envie
Elle mourut de ses baisers.
mettre font plutôt que sont. Un reflet ne peut être un sourire Il faudrait refaire ces deux vers
Il faut finir sur ce vers qui est tout à fait bien.
Autre chose ou même chose – Comme tu le dis : je deviens quelqu’un c’est drôle mais c’est ainsi, je suis bien forcé de m’en apercevoir, – malgré moi du reste. Je ne tiens pas à ce que l’on me hisse trop vite à une place trop haute et cela arrive : Je dirige depuis quelques jours la partie artistique de la maison Lemerre. – J’ai dix graveurs à mener. – Enfin quoiqu’il en soit nous allons voir. Tu comprends que dans un an si je le veux – je te ferai imprimer tout ce que tu voudras chez Lemerre. En attendant comme je tiens à ce que ton nom se
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fasse tout doucement : Fais une chose : Fais copier ton volume par n’importe qui si tu l’emportes avec toi – ton volume de poésies, – soit à Venise, soit autre part. Si tu ne l’emportes pas avec toi confie le moi j’en aurai le soin le plus méticuleux. Tu peux déja m’envoyer les pièces que tu as en double. Je les illustrerai pour les nombreux albums & je le ferai paraître dans la Vie Littéraire une petite machine d’ici très gentillette. Puis en janvier nous faisons notre journal à l’eau forte avec Lemerre : Tu sais :
LA Vie Moderne

FEUILLES VOLANTES
Notes & croquis
par
Félicien Rops
& quelques uns de ses amis.
Qui dit ce qu’il sait & & n’est pas tenu à davantage. Musset.
Journal paraissant quand cela lui plait.
Tu m’écriras de jolies lettres de Venise & nous ferons paraître cela. Du reste si tu passes l’hiver à Venise j’irai certainement t’y retrouver.
Fais ton operette pour l’Alcazar. c’est bon –
Je veux [illisible: barré] ??
Donne aussi n’oublie pas l’adresse de ce téton des Dieux signé Rops avec un mot de recommandation – [illisible: barré] est un bon garçon mais ce n’est pas Apollon lanceur de flèches tout au plus Apollon lançeur de filles.
[1v° : 3]
Delise arrivera forcément à la députation c’est un honnête homme enteté, – comme Mercier est un sot enteté –
– Dans un mois ½ je pourrai t’envoyer de l’argent bien certainement. –
Tâche de repinçer Blanche ou de la faire repinçer par Edmond – Dis à Edmond qu’il reprenne tout.
Peut être pourrons-nous monter une affaire de lettres vénitiennes avec Lemerre, mais il faudrait que cela fut tout à fait humoristique & « très fait » litterairement parlant.
Tâche de passer l’hiver à Venise il parait que de toute l’Italie c’est la ville qui gagne le plus grand caractère à cause pendant l’hiver justement parcequ’elle est la plus sévère et la plus triste ; il paraît qu’en Décembre cela devient avec l’Adriatique d’une grandeur incomparable. – J’écris ceci sous la dictée de Christophe le statuaire qui lit dans mon atelier les vers de Lemoyne. Te rappelles-tu la vieille guitare :
Le Désœuvré qui flâne aux vents de l’encan
Voit encore exhiber de ces vieilles guitares…. &c.
Christophe prétend qu’il n’y a que les imbéciles qui passent l’hiver à Naples – L’été à Naples & à Capri – l’hiver à Venise l’automne à Rome. Voilà pour ta gouverne. –
Je vais quitter ce joli coin vert du 9 Passage Ste Marie ! J’en suis chassé par le Boulevard St Germain qui me coupe ! Encore un coin qui va partir ! – encore des traces de baisers démolis.
[1r° : 4]
Je crois que je vais aller à Batignolles, au boulevard des Batignolles près le parc Monceaux il y a là de beaux ateliers & c’est rieur comme paysage & comme fillettes.
Songe aux poésies.
Maintenant je t’embrasse & je te souhaite un bon voyage de tout cœur.
Remets à Dom les lettres intimes si tu en as encore. –
Ton Vieux
Fély
N’oublie pas le toast !